Collection de divers cylindres utilisés depuis plus de 30 ans pour
collecter des échantillons d'air à travers le monde.crédit : Scripps Institution of Oceanography
Un gaz à effet de serre puissant, le trifluorure d'azote (NF3) serait au moins 4 fois plus présent dans l'atmosphère que les estimations précédentes selon une équipe de chercheurs de l'Institut d'océanographie de La Jolla, en Californie.
A l'aide de nouvelles techniques d'analyse, l'équipe scientifique dirigée par Ray Weiss a réalisé la première mesure atmosphérique de NF3, un gaz dont le pouvoir réchauffant est des milliers de fois plus important que le dioxyde de carbone, à masse équivalente.
La quantité de NF3 présente dans l'atmosphère, indétectable par les techniques précédentes, avait été précédemment évaluée à au moins 1200 tonnes en 2006. Les nouvelles recherches tablent sur 4 200 tonnes pour la même année et 5 400 tonnes pour 2008 avec une quantité qui augmenterait d'environ 11 % par an.
Ray Weiss a déclaré "Mesurer précisément les faibles quantitiés de NF3 dans l'air s'est avéré un problème expérimental très ardu et nous sommes heureux d'avoir réussi à le résoudre." Cette étude sera publiée le 31 octobre dans
Geophysical Research Letters, un journal de l'American Geophysical Union (AGU).
Les émissions de trifluorure d'azote étaient alors considérées comme si faibles qu'elles n'étaient pas considérées comme un contributeur au réchauffement climatique. C'est pourquoi, le NF3 n'est actuellement pas pris en compte par le Protocole de Kyoto. Pourtant, son pouvoir réchauffant est 17 000 fois plus puissant que le dioxyde de carbone à masse équivalente ; c'est à dire que pour réchauffer d'autant un volume d'air donné, il faudra 17 000 kilo de CO2 ou seulement 1 kg de NF3. De plus, sa durée de vie dans l'atmosphère est estimée à plus de 600 ans, contre 125 ans pour le CO2.
Malgré ces nouvelles informations peu rassurantes, les émissions de trifluorure d'azote ne contribuent pour l'instant qu'à 0,15 % de l'effet de serre d'origine anthropique.
Le trifluorure d'azote est notamment utilisé dans la fabrication des cristaux liquides si courants, mais aussi des écrans plats, des microcircuits électroniques et des cellules photovoltaïques censées lutter justement contre les émissions en gaz à effet de serre.
Beaucoup d'industries ont utilisé le NF3 au cours des dernières années comme alternative aux perfluorocarbones, qui sont aussi de puissants gaz à effet de serre, parce que l'on croyait que moins de 2 % du NF3 utilisé s'échappait dans l'atmosphère... Or, ce n'est pas le cas, puisqu'environ 16 % du gaz produit annuellement serait émis.
Du coup, les concentrations actuelles sont de 0,454 ppt (parties par trillion) contre 0,02 ppt en 1978, avec une plus forte concentration dans l'hémisphère nord que dans l'hémisphère sud, ce qui s'expliquerait par la présence d'industries qui émettent ce gaz.
Ces nouvelles données ont poussé les scientifiques à recommander la prise en compte du trifluorure d'azote dans les gaz couverts par le Protocole de Kyoto : " ce résultat renforce l'importance essentielle de la recherche fondamentale dans la détermination de l'impact global de l'industrie des technologies de l'information sur le changement climatique planétaire, qui a déjà été estimé équivalente à celui de l'industrie de l'aviation ", a ajouté Larry Smarr, directeur du California Institute for Telecommunications à l'UCSD, qui n'est pas impliqué dans l'étude de
Scripps.
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Référence
Potent Greenhouse Gas More Prevalent in Atmosphere than Previously Assumed - Scripps Institution of Oceanography, UC San Diego
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (tous droits réservés)